« 2 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 5-6], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7455, page consultée le 25 janvier 2026.
2 janvier [1840], jeudi, midi ½
J’ai eu bien du chagrin hier, mon bien-aimé, en voyant que tu avais oublié tes
deux grosses lettres, heureusement que j’avais pour me consoler les vers
ravissants1 que tu venais d’écrire sur mon album. Je les ai
embrassés un à un et puis mot à mot et puis encore ce matin je viens de les
lire à ma Claire et de les baiser
encore depuis le haut jusqu’en bas. Aussi je trouve maintenant que tu as bien
fait d’oublier ces deux lettres MONSTRES qui t’auraient fatigué les yeux.
D’ailleurs ce n’est pas sur du papier que mon amour vaut quelque chose c’est
dans mon cœur, c’est sur mes lèvres quand elles approchent les tiennes, c’est
dans mes yeux quand ils admirent les tiens, c’est dans mon âme en extase devant
toi. Aussi mon petit bien-aimé je suis moins triste à présent de votre manque
de mémoire et je vous prie d’en faire autant tous les soirs à la condition de
venir tous les matins déjeuner avec moi. Pourquoi que vous n’êtes pas venu aujourd’hui, Claire aurait
été si contente ? Pauvre petite elle nous aime à présent
parce qu’elle nous comprend. C’est bien bon et bien doux, te voilà.
Je finis ma lettre, mon adoré, plus joyeuse que quand je l’ai commencée,
je t’ai vu, c’est-à-dire que j’ai vu le ciel ouvert car pour mon cœur te voir
c’est tout ce que l’imagination peut souhaiter de plus ravissant. C’est vous
que je veux qui soyez content, charmé et joyeux, car vous êtes mon Dieu,
mon monde et mon amant bien aimé. Baisez-moi, baisez-moi et revenez bien vite,
je vous désire, je vous attends et je vous adore. Papa est bien I, papa est bien bon. Jour, onjour. Quel beau temps, tâche de nous faire
sortir ce soir.
Juliette
1 Le feuillet 7 comporte le poème composé par Hugo, daté du 1er janvier 1840 : « Dieu qui sourit et qui donne… », pièce XLI du recueil Les Rayons les Ombres.
« 2 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 8-9], transcr. Chantal Brière , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7455, page consultée le 25 janvier 2026.
2 janvier [1840], jeudi soir, 4 h.
Merci, mon adoré, merci du portrait de ton pauvre bon frère1 dont j’aime la mémoire et
dont j’aurais aimé la personne car il te ressemble, ce pauvre enfant. Je veux y
faire mettre un petit cadre si tu le permets, il aura chez moi une petite
chapelle ardente dans le cœur. J’ai tant d’amour dans l’âme que j’ai besoin d’en répandre sur tout ce que
tu aimes ou que tu regrettes. J’ai achevé ma confidence à ma Claire2. La pauvre enfant a bien
compris tout ce qu’il y avait de noble et de généreux dans ta conduite
envers nous, elle en avait les larmes aux yeux. Oh !
je l’aime doublement de te comprendre et de
t’aimer. Si je meursa au moins
je suis sûre de laisser un culte d’adoration et de reconnaissance dans ce
cœur-là pour t’admirer et pour te bénir à chaque instant de sa vie. Mon Dieu
que je t’aime mon grand Victor.
J’ai chez moi les petites Besancenot qui jouentb et qui mangentc des petits massepains
que j’ai fait acheterd pour
elles. La mère Besancenot a donné un sac de bonbons à Claire. Enfin tout le
monde autour de moi a l’air heureux et joyeux. C’est comme un reflet de mon
cœur. Je suis contente, je suis charmée, je suis joyeuse. Je voudrais déjà
avoir vu la mère Pierceau pour lui
montrer mes beaux vers3. Je voudrais
bien, mon bon petit homme, que tu puissese nous faire sortir ce soir après le dîner, d’abord pour
être avec toi et pas pour autre chose et puis ensuite pour acheter à Claire la
boite à dessin dont elle a envie. Tâche, mon bon petit bien-aimé, nous serons
bien heureuses. Jour mon Toto, jour ma
joie. Sois béni, sois heureux, comme je t’aime, comme je t’adore, comme je te
VÉNÈRE.
Juliette
1 Eugène Hugo décédé en 1837.
2 Juliette explique à sa fille l’engagement solennel qu’a pris Victor Hugo de prendre en charge la mère et la fille, promesse tenue dans la nuit du 17 au 18 novembre 1839, en contrepartie Juliette a renoncé à sa carrière d’actrice.
3 Le poème écrit pour elle par Victor Hugo le 1er janvier 1840.
a « meure ».
b « joue ».
c « mange ».
d « achetés ».
e « puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
